
On ne partage pas son mascara, c’est une règle gravée dans la mémoire de toute personne soucieuse de préserver ses yeux des infections. Mais dès qu’un produit de maquillage commence à sentir bizarre, il prend la direction de la poubelle sans hésitation. Pourtant, entre le discours anxiogène sur la sécurité et la tentation de garder un produit un peu trop longtemps, difficile de s’y retrouver. Pour y voir plus clair, Plaisirs Santé a sollicité Chase Aston, maquilleur et porte-parole de Body Shop.
Plaisirs Santé : Que se passe-t-il pour un cosmétique qui prend de l’âge ?
Chase Aston : Dès l’instant où l’on ouvre un emballage, l’air s’invite et le produit commence inévitablement à s’oxyder, à perdre de ses qualités. C’est le début du compte à rebours. Mais pas de panique inutile : la plupart des produits se conservent entre un et trois ans. En cas de doute, demandez toujours au fabricant, c’est la meilleure source d’information.
Du fard à paupières au fond de teint, en passant par le blush ou les crayons, la couleur tient généralement bon. Ce sont la texture ou la consistance qui peuvent évoluer, selon l’endroit où vous les rangez : chaleur, humidité, soleil direct, autant de facteurs qui accélèrent l’usure.
Dans certaines situations extrêmes, des bactéries, des levures ou des moisissures peuvent s’inviter dans vos palettes ou vos tubes. Les conservateurs font barrage, mais rien n’est infaillible. Si l’odeur vous interpelle ou que l’aspect a changé, mieux vaut ne pas insister et s’en débarrasser sans regret.
PS : Quels risques à continuer d’utiliser des produits trop anciens ?
CA : En utilisant un maquillage qui a mal vieilli, on s’expose à la prolifération de bactéries ou de moisissures. Les conservateurs sont là pour limiter les dégâts mais si le produit est trop vieux, le risque augmente.
Souvent, on remarque que la couleur s’applique moins bien, que la texture est moins agréable et que la tenue laisse à désirer. Ces signes ne trompent pas. Parfois, tout dépend aussi de l’environnement : stockage en plein soleil ou dans une salle de bain humide, par exemple, accélère la détérioration.
Ce qui revient le plus souvent, ce sont les infections des yeux ou de la peau. Jamais, au grand jamais, il ne faut prêter ou emprunter du maquillage, qu’il s’agisse de mascara, de rouge à lèvres, de crayons ou de fards. Les risques de transmission de virus ou de bactéries invisibles restent bien réels, même si la personne n’a aucun symptôme.
PS : Et si on retrouve au fond d’un tiroir un produit neuf, jamais ouvert mais acheté il y a des années ?
CA : Tant qu’il n’a pas été ouvert ni soumis à des variations de température, vous pouvez l’utiliser. Contrôlez la date d’expiration indiquée sur l’emballage, ou essayez de vous souvenir de la date d’achat pour vérifier sa période de vie recommandée. Mais si un doute subsiste, mieux vaut s’en séparer. S’exposer à une réaction cutanée ou à un problème oculaire n’en vaut pas la chandelle.
PS : Lorsque la date limite est dépassée, quels produits doit-on éliminer sans hésitation ?
CA : Il n’y a pas de demi-mesure : tous les produits concernés doivent partir à la poubelle. C’est particulièrement vrai pour les soins de la peau qui ont changé d’aspect, d’odeur ou de texture. Une couche de liquide qui se forme à la surface est aussi un signal d’alerte. Mieux vaut prévenir que consulter un dermatologue en urgence.
PS : Certains n’ont jamais jeté de maquillage et n’ont jamais eu d’ennuis. Pourquoi changer ?
CA : C’est une question de chance et de précautions. Vous ne partagez pas vos produits, vous les stockez dans de bonnes conditions, vous refermez correctement les contenants. Mais tout le monde n’a pas ce réflexe, et un incident peut vite arriver.
PS : Après une infection oculaire, que faire avec le maquillage utilisé pendant cette période ?
CA : Direction la poubelle pour tous les produits ayant touché la zone infectée : ombres à paupières, crayons, mascara, pinceaux et éponges. Continuer à les utiliser expose à une réinfection, même si les symptômes ont disparu.
PS : Peut-on nettoyer un vieux maquillage pour le sauver ?
CA : Pour les fards, les crayons ou les rouges à lèvres, si l’emballage est propre et bien fermé, il suffit de passer un coton-tige imbibé d’alcool* sur la surface pour éliminer les bactéries. Cela n’altère ni la couleur, ni la texture.
* (Utilisez de l’alcool isopropylique à 99 %, que l’on trouve facilement en pharmacie.)
Si le produit reste conforme aux recommandations du fabricant, ce geste suffit à le purifier. Pour les autres types de cosmétiques, mieux vaut les remplacer quand ils montrent des signes d’usure ou si vous avez un doute sur leur sécurité.
Les flacons colorés et les tubes dorés ne sont pas éternels. Derrière chaque mascara, une horloge tourne : mieux vaut jeter que risquer, et garder en tête que la beauté ne se gagne jamais au détriment de la santé. La prochaine fois que vous hésitez devant un tube suspect, souvenez-vous : la prudence fait une peau nette et des yeux sereins.

